Le 5 octobre 2026, l’Institut Karolinska a annoncé à Solna, près de Stockholm la remise du prix Nobel de physiologie ou médecine aux trois pionniers de l’optogénétiqueKarl Deisseroth (Howard Hughes Medical Institute et université Stanford), Peter Hegemann (université Humboldt de Berlin) et Georg Nagel (université de Würzburg). La distinction célèbre leurs découvertes sur les canaux ioniques activés par la lumière qui permettent de contrôler l’activité neuronale avec une précision inégalée.
Des algues à la cartographie du cerveau
Les origines de l’optogénétique se situent dans les travaux de Hegemann et Nagel au début des années 2000 sur Chlamydomonas une algue unicellulaire capable de nager vers la lumière. Leur étude a identifié la channelrhodopsine une protéine qui, lorsqu’elle reçoit de la lumière bleue, ouvre un canal ionique et déclenche un courant électrique. Une publication de référence dans PNAS (novembre 2003) a présenté cette découverte, ouvrant la porte à l’utilisation de ces protéines comme interrupteurs lumineux.
Le passage du laboratoire à l’animal a été réalisé par Deisseroth, qui a introduit le gène de la channelrhodopsine dans les neurones de rat et, en 2005, a démontré la génération d’un signal nerveux sous illumination bleue dans Nature Neuroscience. Deux ans plus tard, l’équipe a réussi à activer le comportement d’une souris vivante, prouvant que la technique pouvait moduler le cerveau entier.
Le premier essai humain: sécurité et premiers effets
En mai, une équipe française dirigée par le Professeur José-Alain Sahel (Institut de la Vision, Université de Pittsburgh) et le Dr Botond Roska a publié dans Nature Medicine les premiers résultats cliniques d’une thérapie optogénétique pour la rétinopathie pigmentaire. Le patient, âgé de 58 ans, a reçu une injection intraoculaire d’un vecteur viral portant le gène ChrimsonR sensible à la lumière ambrée. Des lunettes équipées d’une caméra ont ensuite projeté des impulsions lumineuses sur la rétine, permettant au patient de localiser et compter des objets.
Le programme clinique GS030 développé par la société française GenSight Biologics poursuit cette approche dans l’essai PIONEER actuellement en phase 1/2. Au 29 septembre 2026, le rapport semestriel indique que neuf patients ont reçu trois doses croissantes. Les effets indésirables oculaires ont été légers à modérés, une inflammation affectant 70 % des participants s’étant résorbée sans séquelles. À la dose la plus élevée, certains participants, auparavant quasi aveugles, ont pu localiser et compter des objets, confirmant la faisabilité fonctionnelle du traitement.
Perspectives et défis à venir
Le succès du phase 1 ouvre la voie à des essais plus larges, mais plusieurs obstacles subsistent. La nécessité d’une délivrance précise de la lumière au niveau rétinien implique le développement de dispositifs portables fiables. De plus, la réponse immunitaire aux vecteurs viraux doit être surveillée, même si les inflammations observées se sont montrées transitoires. Le prix António Champalimaud attribué le 15 septembre 2026 à Sahel et Roska, doté d’un million d’euros, souligne l’engagement à poursuivre l’optimisation des vecteurs et à élargir les indications cliniques, notamment pour les troubles neurologiques.
L’histoire de l’optogénétique montre comment une curiosité fondamentale sur une algue qui nage vers la lumière a abouti à une technologie capable de « cartographier le cerveau d’une manière dont on ne pouvait autrefois que rêver », citation du président du comité Nobel, Per Svenningsson. Alors que les essais cliniques progressent, la communauté scientifique observe avec attention la transition d’une technique de laboratoire vers une thérapie visuelle réellement accessible aux patients.



