Après plus d’un siècle et demi d’observation à distance, les deux lunes de la planète rouge, Phobos et Deimos vont enfin être étudiées de près. La mission MMX (Martian Moons eXploration), conduite par l’agence japonaise JAXA est prévue pour décoller avant la fin de l’année 2026 depuis le site de Tanegashima. Une fois dans l’espace, le vaisseau mettra environ huit mois à rejoindre l’environnement martien, ouvrant la voie à une phase d’observation qui s’étalera sur trois années.
Itinéraire et étapes clés de la mission
Le lancement sera assuré par la fusée H3, qui placera MMX sur une trajectoire interplanétaire. Après la phase de croisière, la sonde entrera dans le champ gravitationnel de Mars pendant l’été, où elle réalisera plusieurs survols de Deimos avant de s’enfoncer dans l’orbite de Phobos. La particularité de la dynamique de Phobos – une orbite à moins de six mille kilomètres au-dessus du sol martien – rendra les opérations d’atterrissage extrêmement délicates, nécessitant une précision millimétrique de la navigation.
Le spectromètre MIRS, instrument phare français
Parmi les treize instruments embarqués, le MIRS (MMX InfraRed Spectrometer) occupe une place centrale. Conçu par le LIRA de l’Observatoire de Paris-PSL en collaboration avec le CNES et plusieurs laboratoires du CNRS ce spectromètre imageur infrarouge utilise un miroir mobile fixé sur un plateau motorisé. Le miroir peut balayer le sol de Phobos sur une amplitude d’une quarantaine de degrés, offrant
Le principe de fonctionnement repose sur la décomposition de la lumière refletée en spectres permettant d’identifier la signature des molécules présentes. Opérant dans le domaine infrarouge, le MIRS cherche la présence d’eau, de silicates et de composés organiques, tout en fournissant une cartographie minéralogique détaillée. Ces données guideront le choix des sites d’atterrissage, tant pour la sonde elle-même que pour le petit rover Idefix®.
Rover Idefix® et les atterrissages successifs
L’appareil Idefix® fruit d’une coopération franco-allemande entre le CNES et le DLR sera déployé lors du premier atterrissage sur Phobos. Conçu pour parcourir le régolithe pendant une centaine de jours, il transmettra des images haute résolution et des mesures locales qui viendront compléter les observations du MIRS. Après ce premier séjour, MMX effectuera un second atterrissage afin de récupérer des échantillons supplémentaires et d’assurer la redondance des mesures scientifiques.
Retour des échantillons sur Terre
Le point d’orgue de la mission sera le transfert des prélèvements vers la Terre. En 2031, la sonde libérera une capsule contenant le sol et la poussière de Phobos au-dessus du désert australien. Une fois récupérée, la matière sera analysée dans les laboratoires terrestres, offrant la première occasion de comparer directement la composition de ces lunes avec les météorites carbonées et les modèles de formation planétaire.
Enjeux scientifiques et perspectives
Comprendre l’origine de Phobos et Deimos revêt une importance capitale pour la planétologie. Les deux scénarios dominants – capture d’un astéroïde ou formation à partir d’un disque de débris suite à un impact géant – restent séparés par de nombreuses incertitudes. Les mesures de densité, de porosité et de composition minérale obtenues par MMX pourront enfin trancher ce débat.
Au-delà de la question de la genèse des lunes, la mission éclairera les processus d’échange de matière entre corps célestes et enrichira nos modèles d’évolution du Système solaire. En révélant les secrets cachés sous la surface sombre de Phobos MMX ouvrira une nouvelle page dans l’exploration interplanétaire et pourra même inspirer de futures missions habitées vers Mars.



