Situé à Mézangers, au cœur du parc naturel des Coëvrons, le Gué de Selle s’étend sur 48 hectares ce qui en fait le plus vaste plan d’eau du département. Pendant des décennies, il a accueilli baigneurs, amateurs de pédalo, équipes sportives et campeurs grâce à un centre d’hébergement tout proche. David Madiot, responsable de la gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations au sein de Gemapi se souvient de l’engouement qui régnait sur le site.
Une apparition progressive des cyanobactéries à partir de 2010
Les premières alertes sont apparues dès le début des années 2010. Des cyanobactéries micro-organismes capables de produire des toxines dangereuses pour l’être humain et les animaux, ont commencé à coloniser la surface du lac. Selon les observations de la communauté de communes des Coëvrons, la durée des fermetures s’est allongée chaque été, passant d’une à deux semaines, puis parfois trois semaines ou plus. « La durée des fermetures augmentait d’année en année, passant d’une à deux, trois semaines, voire davantage selon les étés. Puis ces épisodes sont devenus annuels. » rappelle Madiot.
Les épisodes les plus sévères se sont multipliés dès 2020 coïncidant avec la recrudescence des canicules et des périodes de sécheresse. Le phénomène, amplifié par le réchauffement climatique, a conduit à une fermeture ininterrompue du plan d’eau chaque été, privant les habitants de leur lieu de détente habituel.
Décision d’interdiction et impact sur la communauté locale
Face à cette situation inquiétante, les élus de la communauté de communes des Coëvrons ont pris une mesure radicale il y a deux ans: interdire définitivement la baignade La consommation de poissons prélevés dans le plan d’eau est également fortement déconseillée, afin d’éviter tout risque d’intoxication.
Cette décision a bouleversé les habitudes des riverains. Les habitants des villages voisins, qui se rendaient fréquemment au Gué de Selle pour profiter des terrains de sport ou simplement s’y rafraîchir, se voient désormais privés d’un espace de loisir incontournable. « Les gens des communes alentour parcouraient parfois plusieurs kilomètres pour venir nager ou faire du pédalo », indique encore David Madiot, soulignant la portée sociale de la mesure.
Le retrait des activités nautiques implique également une réorientation des politiques locales de gestion de l’eau. Le Gemapi travaille désormais à des solutions de surveillance renforcée et à la mise en place de programmes de réduction des nutriments qui alimentent la prolifération des cyanobactéries, tout en informant le public des risques sanitaires.
Perspectives pour le futur du lac
Au regard des données accumulées depuis plus d’une décennie, les experts s’accordent à dire que la lutte contre les cyanobactéries passe par une combinaison d’efforts: réduction des apports en phosphore, amélioration de la qualité des eaux de ruissellement et surveillance continue durant les périodes de chaleur intense. Le défi reste cependant majeur, car les conditions climatiques qui favorisent ces micro-organismes semblent se renforcer chaque année.
En attendant des solutions à long terme, le Gué de Selle demeure un témoin silencieux des conséquences du changement climatique sur les milieux aquatiques. Les autorités locales continuent d’informer les usagers et d’encourager des pratiques respectueuses de l’environnement, tout en cherchant à restaurer la viabilité écologique de ce lieu emblématique.



