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11 octobre 2026

Inès Pactat recrée un four de verrier médiéval en 2026

Une archéologue relance la forge du verre du Moyen Âge pour dévoiler son éclat originel.

Inès Pactat recrée un four de verrier médiéval en 2026

Le verre médiéval fascine depuis des siècles: transparent, fragile, mais d’une beauté qui a traversé les vitraux des cathédrales et les petites coupes de la vie quotidienne. Pourtant, les méthodes exactes qui permettaient d’obtenir ce matériau il y a plus d’un millénaire restent en partie voilées par le temps. Les témoins archéologiques, souvent fragmentaires, offrent des indices, mais ils ne révèlent pas toujours les gestes du maître verrier. C’est dans ce vide de connaissances que s’inscrit le travail d’Inès Pactat archéologue passionnée par les technologies anciennes.

Le verre au Moyen Âge: un art mystérieux

Durant le haut Moyen Âge, la production de verre soufflé était concentrée dans quelques ateliers côtiers où le four de verrier était le cœur de l’opération. Le combustible, généralement du bois ou du charbon de bois, était soigneusement contrôlé afin d’atteindre des températures supérieures à 1 200 °C. Les maîtres utilise•rent des techniques de soufflage, de coloration à base de métaux, et de moulage qui donnaient naissance à des pièces aux formes variées. Cependant, les écrits de l’époque sont rares et les restes de fours découverts sont souvent en partie détruits, rendant difficile l’interprétation précise des procédés.

Le pari d’Inès Pactat: reproduire un four de verrier

Animée par le désir de combler ces lacunes, Inès Pactat a décidé de recréer, à l’identique, un four de verrier tel qu’il existait au XIe siècle. En s’appuyant sur les vestiges archéologiques découverts en Europe du Nord, elle a établi une série de plans détaillés, incluant la forme du four, les matériaux réfractaires et la disposition du conduit de tirage. Le chantier a nécessité la collecte de clays similaires aux origines géologiques, la cuisson de briques à basse température, puis leur assemblage selon un ordre strict. Chaque geste, du tissage de la mèche au placement de la porte, a été reproduit à l’aide de recettes gravées sur des tablettes latines conservées dans les archives monastiques.

Du chantier à la cendre: la reconstitution pratique

Une fois le four de verrier érigé, le processus de fabrication a pu débuter. Les matières premières – sable siliceux, soude naturelle et calcaire – ont été broyées à la main, puis mélangées dans les proportions indiquées par les manuscrits du IXe siècle. Le mélange a été chauffé pendant plusieurs heures, d’abord à feu doux pour éliminer l’humidité, puis intensifié pour atteindre le point de fusion. Les artisans-archéologues ont soufflé le verre à l’aide de cannes de bambou, imitant la technique du soufflage à la bouche. Le résultat a été une série de tubes et de feuilles translucides aux teintes légèrement verdâtres, rappelant les objets retrouvés dans les fouilles de Saint-Denis.

Ce que révèle le verre recréé

Les pièces produites ont fait l’objet d’une analyse chimique rigoureuse. Les traces de plomb, de fer et de cuivre présentes dans le verre correspondent aux compositions observées sur les fragments médiévaux conservés dans les musées. De plus, la texture de la surface, légèrement bullée, confirme l’hypothèse selon laquelle les fours de l’époque fonctionnaient avec une circulation d’air imparfaite, créant Ces découvertes valident les suppositions d’Inès Pactat sur les techniques employées et ouvrent la voie à de nouvelles expériences, notamment l’étude de la durabilité du verre face aux variations climatiques de l’époque.

En réanimant le processus de fabrication du verre médiéval ce projet ne se limite pas à une simple reconstitution historique. Il montre comment l’interaction entre archéologie, science des matériaux et artisanat peut rendre tangible un passé lointain, offrant aux chercheurs, aux curieux et aux artisans modernes une fenêtre directe sur le savoir-faire d’autrefois.

Marc Aubertin
Auteur

Marc Aubertin

Marc Aubertin est passé par un doctorat en physique avant de choisir le journalisme. Il lit les publications dans le texte et sait reconnaître une étude préliminaire d'un résultat consolidé.