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10 octobre 2026

Crise climatique : mortalité record du bétail et hausse des abattages

Sécheresse et canicule poussent les éleveurs français à sacrifier bétail, tandis que le coût du fourrage explose.

Crise climatique : mortalité record du bétail et hausse des abattages

Depuis le printemps, la France fait face à une combinaison rare de sécheresse et de canicule qui a transformé les prairies verdoyantes en terrains arides. Le manque d’eau a non seulement limité la croissance du fourrage, mais il a aussi entraîné une hausse vertigineuse des prix du fourrage d’hiver, rendant impossible l’alimentation complète des troupeaux dans de nombreuses exploitations.

Dans le Sud et le Grand Ouest, les éleveurs ont été contraints de réduire leurs cheptels. En Haute-Garonne, un agriculteur décrit son quotidien comme « je suis déjà aux deux tiers de mon espérance de vie d’agriculteur », tant la pression financière l’épuise. L’achat de fourrage supplémentaire est devenue une dette insoutenable pour beaucoup, qui préfèrent vendre une partie du bétail plutôt que d’alimenter les animaux jusqu’à l’hiver.

Impact différencié sur les filières animales

Volaille

Les bâtiments de la Bretagne et des Pays de la Loire, moins équipés contre la chaleur que ceux du Sud, ont enregistré la plus forte mortalité aviaire en juin. Selon les interprofessions Anvol et CNPO, plus de trois millions de volailles de chair et près d’un million de poules pondeuses soit environ 2 % du cheptel sont mortes cet été. Malgré ce drame, le bilan reste inférieur à celui de la canicule de 2003, ce qui indique que les mesures préventives mises en place depuis lors ont limité les dégâts.

Porc

Le Grand Ouest a également vu une surmortalité des truies de 0,8 % rapporte l’interprofession Inaporc. Cette hausse, bien que modeste en pourcentage, pourrait se répercuter sur la production de porcelets dans les mois à venir, accentuant la pénurie de viande de porc sur le marché.

Bovins et ovins

Les bovins commencent à montrer des signes de stress thermique au-delà de 25 °C, mais la surmortalité reste difficile à quantifier. En revanche, les accidents liés à la fatigue ont entraîné une augmentation des abattages. En août, le ministère de l’Agriculture signale une hausse de 1,7 % des abattages d’ovins et de 3,3 % pour les gros bovins, comparé à l’an dernier. Ces chiffres traduisent une anticipation de la réforme du cheptel face à la crainte d’un manque d’herbe à l’automne.

Laitier

Les élevages laitiers subissent une chute de la production laitière de 1,1 % en mai et 1,3 % en juin, selon les données d’Agreste. Certains agriculteurs ont signalé des baisses allant jusqu’à 30 % pendant les semaines les plus chaudes, les vaches diminuant leur alimentation et leur rendement sous l’effet du stress thermique.

Pressions économiques et réponses des acteurs

Le pénurie de fourrage résulte du manque de précipitations, qui a empêché la pousse de l’herbe et réduit la récolte de maïs, soja et betterave, principales céréales destinées à l’alimentation animale. L’importation de foin devient incertaine, tant les pays voisins font face aux mêmes conditions climatiques, et les spéculations sur les prix s’accentuent. Le Syndicat national de l’industrie de la nutrition animale (Snia) alerte sur la nécessité d’adapter les cahiers des charges qui exigent une alimentation d’origine française, faute de disponibilité et de coût prohibitifs.

Outre les difficultés d’alimentation, la guerre au Moyen-Orient a perturbé l’approvisionnement en vitamines, acides aminés, minéraux et oligo-éléments, autrefois produits majoritairement en France. Cette double contrainte – climat et géopolitique – complique la gestion du coût du fourrage et pousse de nombreux éleveurs à anticiper les abattages, augmentant Paradoxalement, cela pourrait créer une pénurie de viande d’agneau pendant les pics de consommation, comme à Pâques.

Dans les régions les plus touchées, les agriculteurs adoptent des stratégies de survie: réduction du cheptel, vente précoce d’animaux, recours à des fourrages importés à prix premium, ou encore diversification vers des élevages moins sensibles à la chaleur. Les organisations professionnelles, le ministère de l’Agriculture et les services statistiques travaillent à suivre de près l’évolution du phénomène, afin d’ajuster rapidement les mesures de soutien et d’éviter une crise structurelle du secteur.

Noé Bertrand
Auteur

Noé Bertrand

Noé Bertrand écrit des portraits depuis dix ans. Il travaille au recoupement : plusieurs sources, vérification des dates et des faits biographiques, aucune reconstitution de propos.