Le médiéviste Michel Pastoureau, aujourd’hui âgé de 79 ans, vient de présenter son dernier ouvrage édité par les éditions Seuil. Publié le 02/10/2026 à 09 h, La Couleur dans la peinture. De la préhistoire au XXᵉ siècle propose un panorama inédit du rôle chromatique dans l’histoire de l’art. Cette parution intervient à un moment où l’auteur, déjà à la tête d’une centaine d’essais consacrés aux symboliques des couleurs et des animaux, doit composer avec une condition médicale qui limite sa perception visuelle.
Au fil des décennies, Pastoureau s’est imposé comme l’une des références majeures de l’étude des significations culturelles des pigments. Ses recherches, publiées dans plus d’une centaine d’ouvrages, ont fait le tour du monde académique, éclairant la façon dont les sociétés attribuent des valeurs symboliques aux teintes. Du bleu du ciel médiéval à la rougeur du pouvoir monarchique, il a montré que les couleurs ne sont pas de simples phénomènes physiques mais des catégories mentales qui structurent la pensée collective.
Depuis quelques années, le historien lutte contre une maladie auto-immune rare qui compromet sa vision. Cette affection, qui affecte les nerfs optiques, ne l’empêche pas de « voir » les couleurs, au sens intellectuel. Au contraire, il affirme que « Les couleurs sont des catégories mentales, il n’est pas besoin de les voir pour les penser ». Cette conviction nourrit son travail et justifie le fait qu’il continue d’écrire, même lorsque son œil ne perçoit plus les teintes avec la même acuité.
Dans La Couleur dans la peinture Pastoureau trace un fil conducteur depuis les pigments minéraux de la préhistoire jusqu’aux palettes complexes du XXᵉ siècle. Chaque chapitre associe analyse technique et réflexion symbolique, montrant comment les artistes – des grottes de Lascaux aux peintres cubistes – ont exploité la couleur pour modeler leur message. Le livre se veut également une réponse aux limites physiques de l’auteur: il s’appuie sur des archives, des descriptions et des témoignages pour reconstruire visuellement ce qui échappe à son œil.
Cette nouvelle contribution s’inscrit dans la continuité d’une carrière dédiée à la déconstruction des mythes chromatiques. En mobilisant des sources aussi diverses que des traités de l’Antiquité, des manuscrits médiévaux et des catalogues de musées, Pastoureau montre que la couleur a toujours été un vecteur de communication sociale. Le lecteur découvre
Malgré la perte partielle de sa vision, Michel Pastoureau prouve que le savoir ne dépend pas uniquement de l’observation directe. Son ouvrage, publié chez Seuil invite chacun à repenser la manière dont les teintes façonnent notre histoire et notre imagination. En laissant parler les catégories mentales des couleurs, il offre une lecture qui transcende le problème physique et ouvre la voie à une compréhension plus profonde du langage visuel.



