Les forêts sont souvent présentées comme des « poumons verts » capables d’absorber le surplus de CO₂ atmosphérique. Pourtant, la réalité est plus nuancée: une forêt n’est pas seulement une accumulation d’arbres, mais un ensemble d’éléments vivants et morts — arbres, sous-bois, sols, champignons, bactéries — qui échangent continuellement du carbone avec l’air. Pour évaluer la contribution d’un massif forestier au climat, il faut distinguer la fixation immédiate du CO₂ par la photosynthèse et la séquestration durable du carbone dans la biomasse et les sols.
Comment les forêts stockent et relâchent du carbone
La photosynthèse permet aux feuilles de capter le CO₂ et, en présence d’eau et de lumière, de fabriquer des sucres qui servent à la croissance. Mais la plante respire aussi: la respiration libère une partie du carbone sous forme de CO₂. Ces deux processus varient selon l’humidité, la température et la saisonnalité: en cas de sécheresse prolongée, de canicule ou de gel, la photosynthèse chute voire s’interrompt et la respiration peut continuer, transformant temporairement l’arbre en source nette de CO₂. Le carbone fixé reste stocké tant que la biomasse est intacte, mais il retourne à l’atmosphère si le bois brûle ou se décompose rapidement.
Le rôle du sol est fondamental: une large part du carbone forestier se trouve dans l’humus et la matière organique du sous-sol. Les réseaux mycorhiziens, les bactéries et la faune du sol transforment la matière morte et peuvent immobiliser du carbone sur des décennies voire des siècles.
Les choix de gestion modèlent le destin climatique des forêts. Des coupes fréquentes et l’utilisation intensive du bois-énergie favorisent le déstockage une grande part du bois récolté est brûlée ou transformée en produits à courte durée de vie, ce qui renvoie rapidement le carbone dans l’atmosphère. Inversement, l’emploi du bois d’œuvre pour la construction peut prolonger le stockage. La tendance à raccourcir les rotations pour privilégier la croissance rapide néglige souvent le carbone stocké dans les peuplements anciens et dans les sols, dont l’érosion peut entraîner une perte nette de carbone.
Les programmes de reboisement et les plantations commerciales illustrent un autre paradoxe: certaines monocultures d’essences à croissance rapide ou exotiques demandent des travaux mécaniques et des intrants qui perturbent le sol, réduisent la biodiversité et augmentent Ces peuplements homogènes sont souvent plus sensibles aux ravageurs, aux sécheresses et aux incendies, qui peuvent provoquer des relargages massifs de carbone. Par conséquent, une plantation intensive n’est pas automatiquement synonyme de puits durable.
Des alternatives existent et s’appuient sur la complexité écologique: favoriser la stratification (strates arborescentes, arbustives et herbacées), diversifier les essences et laisser du bois mort au sol favorise la biodiversité aérienne et souterraine et augmente la capacité de séquestration. La restauration de zones humides attenantes renforce aussi le stockage et réduit le risque d’incendie. Enfin, la valeur climatique du bois dépend étroitement de son usage final: des politiques qui encouragent l’emploi du bois durablement stocké dans la construction peuvent améliorer le bilan global.
La transition vers des pratiques sylvicoles qui maintiennent les stocks de carbone dans la biomasse et les sols, tout en diversifiant les usages du bois, est un levier essentiel pour que les paysages forestiers contribuent véritablement à l’atténuation du changement climatique.



