OnlyFans, la plateforme de contenus érotiques et pornographiques, a connu une ascension fulgurante ces dernières années. Avec 4,6 millions de créateurs et 377 millions d’internautes, elle génère un chiffre d’affaires de plus de 7 milliards de dollars. Des personnalités comme Drea de Matteo et Jessie Cave ont témoigné de ses avantages financiers, mais la plateforme ne cesse de susciter des débats éthiques et sociologiques.
Le sociologue Pierre Brasseur, dans son nouvel essai OnlyFans et le capitalisme du désir analyse comment la plateforme monnaye l’illusion de l’intime et de contrôle pour les créateurs. Son étude qualitative, réalisée entre septembre 2024 et mars 2025 auprès de 45 créatrices en France, en Belgique et en Suisse romande, révèle les mécanismes complexes de cette infrastructure numérique.
Le capitalisme du désir et les relations parasociales
Pierre Brasseur explique que le capitalisme du désir ne repose plus uniquement sur la monétisation du sexe, mais sur les relations parasociales entre les créateurs et leurs clients. Ces relations, caractérisées par une illusion de connexion réelle, sont renforcées par la personnalisation et la gamification des interactions.
La plateforme utilise des algorithmes et des abonnements pour créer un sentiment de lien privilégié. Cette stratégie, combinée à l’émergence du capitalisme de plateforme permet à OnlyFans de se positionner comme un intermédiaire clé dans le marché des contenus pornographiques.
Les ‘chatters’: une main-d’œuvre invisible
Les ‘chatters’ ou animateurs de communauté sont des travailleurs payés pour répondre aux messages privés des abonnés. Leur rôle est crucial pour maintenir l’illusion d’une interaction directe avec les créateurs. Ces travailleurs, souvent originaires de Madagascar, des Philippines, d’Europe de l’Est et d’Afrique subsaharienne, travaillent pour quelques dollars seulement.
Cette division raciale du travail, que Brasseur appelle le capitalisme de plateforme racial est une dynamique répandue sur d’autres plateformes. Les ‘chatters’ interviennent pour encourager les abonnés à acheter des contenus exclusifs, plus chers et plus longs.
Les défis et l’avenir des créateurs
Les créateurs d’OnlyFans font face à plusieurs défis, notamment la perte de contrôle de leur image et les risques liés à l’intelligence artificielle. Brasseur souligne que les discussions sur l’IA et la culture négligent souvent le contenu pornographique, un secteur vulnérable.
Pour garantir la reconnaissance financière, le contrôle d’image et la possibilité de partir en étant assurée, Brasseur insiste sur l’importance des droits fondamentaux, tels que le droit de l’image et à l’intégrité. Il appelle à une législation spécifique pour protéger les créateurs de contenus pornographiques.
OnlyFans continue de transformer le paysage du travail sexuel numérique, offrant des opportunités financières tout en soulevant des questions éthiques et sociologiques complexes. Son avenir dépendra de la capacité à équilibrer émancipation et protection des créateurs.



