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6 octobre 2026

L’essor de la construction en terre crue : un regard sociologique

Un manifeste qui replace la terre au cœur de nos habitats, loin du béton, pour des constructions bioclimatiques et résilientes.

L’essor de la construction en terre crue : un regard sociologique

Face à des étés de plus en plus caniculaires et à des bâtiments qui accumulent la chaleur comme des fournaises, une petite équipe de spécialistes propose une solution qui aurait pu être ignorée depuis des millénaires. Le livre Avec la terre – Construire, habiter, danser dirigé par la sociologue Geneviève Pruvost le maçon-spécialiste de la terre crue Alain Marcom et l’historienne-formatrice Aymone Nicolas est paru aux éditions Seuil en 2026. En 432 pages, il raconte comment la terre, longtemps reléguée au rang de simple sol, retrouve une place centrale dans la conception de l’habitat.

Le texte s’appuie sur une description historique et sociologique des artisans qualifiés, les appelés « terreux » par les auteurs. Ces praticiens, autrefois maîtres du façonnage d’enveloppes bioclimatiques, ont vu leurs savoir-faire remplacés par des systèmes d’ingénierie qui imposent le rejet d’air chaud vers l’extérieur, au détriment du confort intérieur. « Les artisan·es capables de donner forme à des habitats bioclimatiques sont remplacés par une ingénierie qui normalise le principe de rejeter de l’air chaud à l’extérieur pour rafraîchir nos intérieurs », signent les trois collaborateur·rices.

Un retour aux racines: histoire et convictions des « terreux »

Le premier chapitre retrace les usages traditionnels de la terre crue depuis les villages d’Europe jusqu’aux constructions contemporaines. Loin d’être une simple matière première, la terre devient « notre peau de terre », métaphore qui souligne l’intimité entre les hommes et le sol. Les « terreux », en se mobilisant autour d’ateliers participatifs, cherchent à réapproprier cet élément, à le remettre à la disposition collective plutôt qu’à le laisser se transformer en béton monolithique. L’ouvrage montre également comment ces praticiens, en dialogue avec des chercheurs, créent des réseaux de partage de connaissances qui transcendent les frontières locales.

Les atouts thermiques et écologiques de la terre crue

Le second volet se focalise sur les propriétés physiques de la terre crue. Grâce à une inertie thermique remarquable, elle absorbe la chaleur diurne pour la restituer lentement la nuit, assurant Cette capacité réduit drastiquement le recours aux systèmes de climatisation énergivores, diminuant l’empreinte carbone des bâtiments. Les auteurs insistent sur le fait que, au moment où les températures urbaines dépassent les seuils de confort, « il y a urgence pour que nous devions toutes et tous devenir praticien·nes de la terre crue ». L’argument scientifique est soutenu par des études de cas où des murs en terre ont montré une réduction de 30 % de la consommation énergétique comparée à des structures en béton.

Vers une reconstruction urbaine: « enduire de terre les ruines du capitalisme »

Le dernier chapitre propose une vision politique du chantier. En citant le manifeste, les auteurs appellent à « enduire de terre les ruines du capitalisme », c’est-à-dire à remplacer les espaces bétonnés par des surfaces où la terre peut à nouveau respirer. Ils évoquent le « droit au sentier, au talus, à la gadoue », plaçant cette revendication au sommet des priorités collectives. L’idée est de « redécouvrir le sol enrobé des villes pour que les plantes, l’architecture cessent d’étouffer, et nous avec ». Un appel concret à réouvrir les espaces urbains aux matériaux naturels, en intégrant la terre dans la planification des nouveaux quartiers et des projets de réhabilitation.

En marge du texte, le média engagé Socialter invite les lecteurs à soutenir son activité indépendante afin de continuer à relayer des projets qui peinent à trouver une place dans le débat public. Le livre, disponible au prix de 24,50 €, se positionne comme une référence pour tous ceux qui souhaitent comprendre les enjeux sociétaux de la construction durable et envisager une architecture qui dialogue avec la terre plutôt qu’avec le béton.

Élise Nguyen
Auteur

Élise Nguyen

Élise Nguyen a couvert plusieurs COP et suit les politiques climatiques françaises et européennes. Formée à la lecture des rapports scientifiques, elle traduit les données du GIEC sans les dramatiser ni les diluer.