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6 octobre 2026

Exploration de la solitude à travers quatre œuvres de science-fiction emblématiques

De E.M. Forster à Kazuo Ishiguro, explorez comment la science-fiction capture l'essence de l'isolement humain à travers des récits captivants et des personnages inoubliables.

Exploration de la solitude à travers quatre œuvres de science-fiction emblématiques

La science-fiction a toujours été un miroir de nos peurs et de nos aspirations les plus profondes. Parmi les thèmes récurrents, l’isolement occupe une place de choix. À travers quatre œuvres emblématiques, nous explorons comment des auteurs comme E.M. Forster, Stanislaw Lem, Ursula K. Le Guin et Kazuo Ishiguro ont capturé l’essence de la solitude humaine dans des univers fascinants et des personnages complexes.

Ces récits, chacun à leur manière, nous invitent à réfléchir sur notre propre rapport à l’autre et à la société. Que ce soit à travers des machines tyranniques, des océans intelligents, des mondes androgynes ou des androïdes méditatifs, la science-fiction nous offre une perspective unique sur la condition humaine.

La machine s’arrête: une prémonition des réseaux sociaux

En 1909, E.M. Forster publiait La machine s’arrête une nouvelle dystopique qui décrit une société souterraine où les individus vivent dans des cellules hexagonales. Craignant le contact direct, ils s’en remettent à une machine tyrannique pour jouer les intermédiaires. Forster y dépeint une société où chaque individu connaît potentiellement des milliers d’autres sans qu’aucune interaction réelle ait lieu.

Cette prémonition des réseaux sociaux et du mal-être qu’ils engendrent est frappante. Les personnages privilégient les idées digérées et reformulées par la machine à l’observation directe, un phénomène qui résonne étrangement avec l’ère de ChatGPT. Malgré un final assez noir, Forster paraît croire en notre capacité à briser l’isolement, une lueur d’espoir dans un monde de plus en plus connecté mais de plus en plus seul.

Solaris: la solitude métaphysique

En 1961, Stanislaw Lem nous plonge dans l’univers de Solaris une planète entièrement recouverte d’un océan vivant et intelligent. Kris Kelvin, un psychologue envoyé dans une station de recherche en orbite, doit étudier cet océan mystérieux. La station n’abrite plus que deux autres scientifiques, Snaut et Sartorius, qui semblent passablement désorientés.

Solaris a le pouvoir de matérialiser les souvenirs et obsessions des humains, créant des doubles autonomes de personnes disparues. Pour Kelvin, qui doit faire face à Hari, son épouse décédée, la confusion est totale. Écarté entre le réconfort que lui procure ce souvenir ambulant et le rejet de sa nature artificielle, notre héros se renferme dans une profonde solitude peuplée d’illusions.

La solitude métaphysique de Solaris s’exprime peut-être plus encore dans l’incommunicabilité qui se joue entre les humains et l’océan intelligent. Lem nous rappelle que l’important n’est peut-être pas de trouver d’autres êtres intelligents dans l’univers, mais de les comprendre.

La main gauche de la nuit: l’altérité sexuelle

En 1969, Ursula K. Le Guin publie La main gauche de la nuit un classique de la science-fiction qui suit Genly Ai, un délégué d’une alliance galactique envoyé sur la planète Gethen. Genly y fait la connaissance d’Estraven, un Premier ministre à l’attitude ambiguë qui ne tarde pas à tomber en disgrâce.

Au cours de son séjour, Genly comprend que les habitants de Gethen alternent des phases sexuées et asexuées, prenant indifféremment le rôle de mâle ou de femelle. Pour Genly, « mâle permanent » perdu dans un monde androgyne, la solitude est avant tout provoquée par cette altérité sexuelle. Dans le monde d’Ursula Le Guin, le problème des pronoms (« il » ou « elle » ?) s’y pose déjà, montrant à quel point de simples choix lexicaux ont une influence sur l’isolement des individus au sein de la société.

Plus subtilement, l’écrivaine associe la solitude à la capacité (ou plutôt, ici, l’incapacité) à comprendre un discours privilégiant la métaphore et l’implicite. Genly, homme direct, refusant le sous-entendu, se retrouve Un livre dont l’ouverture d’esprit se révèle être un précieux remède à l’isolement.

Klara et le soleil: la solitude des androïdes

En 2021, Kazuo Ishiguro nous présente Klara, une « amie artificielle » (aa), une machine conçue pour tenir compagnie aux jeunes enfants. Dans sa vitrine, Klara observe le monde et se languit en attendant celui ou celle qui viendra l’adopter.

De retour à la maison, un triangle amical se met en place entre Josie, son meilleur ami Rick et la dévouée Klara. Ishiguro nous raconte alors trois solitudes: Josie, isolée des autres par sa maladie, Rick par un rang social inférieur, et Klara par sa nature d’être artificiel. Assumant son artificialité et devinant un amour naissant entre les deux adolescents, Klara va tout faire pour les rapprocher, quitte à se retrouver elle-même délaissée.

Conçue comme un remède à la solitude, Klara se retrouve alors seule. Un sacrifice au parfum de quête spirituelle. Car les androïdes aussi méditent…

Marc Aubertin
Auteur

Marc Aubertin

Marc Aubertin est passé par un doctorat en physique avant de choisir le journalisme. Il lit les publications dans le texte et sait reconnaître une étude préliminaire d'un résultat consolidé.