En septembre 2025, la République populaire de Chine a annoncé qu’elle renonçait à son statut de pays en développement au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Lors de la 80e session de l’Assemblée générale des Nations unies le Premier ministre Li Qiang a rappelé que la Chine demeure un pays à revenu intermédiaire, en déclarant que « la Chine restera toujours un pays en développement ». Cette prise de parole met en lumière le contraste entre la place dominante de la Chine dans les classements macroéconomiques – 17 368 milliards d’euros de PIB nominal, deuxième derrière les États-Unis – et le revenu moyen de ses habitants.
Selon la Banque mondiale, le PIB par habitant de la Chine atteignait 25 975 euros en 2025, contre 58 651 euros en France. Ce fossé persiste malgré un PIB en parité de pouvoir d’achat de 36 497 milliards d’euros qui place le Pays du Milieu en tête mondiale. Pour comprendre cette disparité, il faut examiner trois leviers majeurs: la démographie, les inégalités de revenus et le modèle industriel.
Démographie et dividend démographique inversé
La Chine compte près de 1,4 milliard d’habitants soit presque vingt fois la population française (environ 69 millions). Cette taille énorme dilue la richesse totale sur un très grand nombre de personnes. Depuis 2022, le pays connaît un dividende démographique inversé le nombre de décès dépasse celui des naissances et la population en âge de travailler diminue rapidement. Les travaux de David BloomDavid Canning et Jaypee Sevilla ont montré que ce phénomène peut réduire la croissance du PIB par habitant de 0,5 à 1 point annuel sur les deux prochaines décennies, à moins d’une amélioration massive de la productivité (automatisation, relèvement de l’âge de la retraite).
Inégalités de revenu persistantes
Le coefficient de Gini de la Chine se situe au même niveau que celui des États-Unis et largement au-dessus de la France, révélant des écarts de revenu importants. Le World Inequality Lab co-fondé par Thomas Piketty indique que les 10 % les plus riches captent près de 42 % du revenu national tandis que la moitié la plus pauvre n’obtient que 15 % de la part totale. Ces disparités masquent la faiblesse du PIB moyen lorsqu’on le répartit sur l’ensemble de la population, car une large proportion des ménages ne bénéficie que d’une part marginale de la croissance économique.
Modèle industriel et dépendance aux exportations
Le moteur historique de la croissance chinoise repose sur l’industrie lourde, les exportations et la construction. Un surinvestissement continu dans les infrastructures, le logement et les usines d’assemblage a engendré des marges plus faibles que celles des secteurs à forte intensité de propriété intellectuelle (R&D, logiciels, services financiers). Une étude indique que, pour générer un dollar de PIB la Chine mobilise 70 % de capital productif en plus que les économies occidentales.
Le secteur immobilier illustre cette déséquilibre. Pendant près de vingt ans, la construction a représenté jusqu’à 30 % du PIB. Les collectivités locales, dépendantes de la vente de terrains, et les ménages, poussés à l’endettement pour acquérir des logements, ont vu leurs finances fragilisées. Les économistes Kenneth Rogoff et Yuanchen Yang soulignent que la crise immobilière actuelle freine l’investissement, la consommation et la croissance potentielle, tout en augmentant l’épargne de précaution des ménages.
En outre, les subventions massives à certaines industries exportatrices profitent davantage aux consommateurs occidentaux qu’aux ménages chinois. Bien que la Chine développe un leadership technologique impressionnant, cela se fait au détriment du pouvoir d’achat domestique.
Enfin, l’économiste Amartya Sen rappelle que le développement humain ne se mesure pas uniquement à la production de richesse. Un pays peut afficher un IDH comparable à celui d’une nation développée grâce à des services publics solides, une santé de qualité et une plus grande inclusion sociale, comme le montre la France.



