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6 octobre 2026

Comment les artisans celtes façonnaient l’or : le torque de Montans recréé

Deux spécialistes allient science et artisanat pour dévoiler les méthodes de fabrication d’un collier gaulois exceptionnel.

Comment les artisans celtes façonnaient l’or : le torque de Montans recréé

Le torque de Montans magnifique collier en or découvert en 1843 dans le village du Tarn, a longtemps circulé entre collections privées avant d’arriver en 1958 à New York. Reconnue par le musée national de Copenhague, la pièce a été rachetée en 1959 par le musée d’Archaeologie nationale de Saint-Germain-en-Laye, où elle repose aujourd’hui. Son histoire mouvementée a incité le Centre archéologique de Montans, fondé en 1995, à commander deux reproductions: une pour son propre dépôt et une autre pour l’École des arts joailliers de Van Cleef & Arpels à Paris.

Analyse scientifique du torque originel

Avant toute reconstitution expérimentale l’archéologue Barbara Armbruster s’est rendue à l’Institut de recherche sur les archéomatériaux d’Orléans. Les investigations au microscope électronique à balayage (MEB) et les analyses par ablation laser ont montré que le collier était composé à 98 % d’or soit près de 24 carats, bien au-delà des alliages classiques de bijoux modernes. Cette pureté indique une volonté délibérée des artisans celtes de purifier le métal. L’imagerie a également mis en évidence une structure interne creuse avec des jointures, contredisant l’hypothèse d’une fonte à la cire perdue et pointant plutôt vers une technique de ciselure par repoussé.

Le procédé de ciselure et le rôle du ciment de ciseleur

Face à l’absence de support interne, les orfèvres gaulois devaient disposer d’une matrice souple pour façonner le métal. Le ciment de ciseleur résine à base de goudron végétal, d’argile et de brique pilée, était chauffé jusqu’à obtenir une consistance crémeuse. Une fois refroidi, il se solidifiait suffisamment pour retenir la fine tôle d’or, tout en restant malléable pour permettre le repoussé. Antoine Legouy, Meilleur Ouvrier de France depuis 40 ans, a mis à profit son expertise du ciment de ciseleur  J-C.).

Étapes de la reconstitution

Le processus a débuté par la préparation d’une plaque d’or quasi-pure, découpée selon les mesures du torque original (12 cm de hauteur). À l’aide de ciselets, Legouy a repoussé le métal sur le ciment, créant les motifs floraux et les bourgeons qui caractérisent le collier. Chaque élément a ensuite été soudé séparément, opération qui a duré entre six et huit semaines pour les deux répliques. Armbruster souligne que les artisans gaulois pouvaient probablement atteindre ce résultat en deux à trois semaines grâce à une mémoire technique transmise de génération en génération.

Signification culturelle et diffusion du savoir

Selon les récits romains, les torques ornaient la poitrine des guerriers gaulois comme symbole de bravoure et de statut. La culture laténienne, qui s’étend de 450 à 25 av. J-C., est réputée pour ses orfèvreries virtuoses, le torque de Montans en étant l’exemple le plus éclatant. La reconstruction a permis de confirmer que les Celtes privilégiaient la ciselure afin d’économiser le métal précieux tout en conservant un poids d’environ 100 grammes. Ce geste technique s’est répandu du Sud-Ouest français jusqu’en Irlande et en Écosse, témoignant d’échanges commerciaux et de transfert de savoir à longue distance.

Depuis septembre 2025, l’une des copies expose le Centre de Montans, tandis que l’autre a été présentée à l’École des arts joailliers durant l’été 2025. L’exposition « L’or et le geste », prévue jusqu’en 2028, offre aux visiteurs une immersion dans le monde des artisans gaulois, démontrant comment l’alliance entre recherche scientifique et savoir-faire traditionnel peut redonner vie à des objets disparus.

Léa Vasseur
Auteur

Léa Vasseur

Léa Vasseur couvre les technologies depuis douze ans, d'abord pour la presse professionnelle puis en indépendante. Elle s'intéresse moins aux annonces produit qu'à ce qu'elles changent concrètement dans le travail et les usages.