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6 octobre 2026

Baisse des naissances : rôle des préoccupations écologiques et économiques

La natalité française recule à un niveau inédit, et les études montrent que les angoisses liées à l’environnement et à l’économie modifient les projets parentaux.

Baisse des naissances : rôle des préoccupations écologiques et économiques

Depuis le début des années, la France enregistre une chute marquée du nombre de naissances. En 2025, 643 905 bébés sont venus au monde, soit 24 % de moins qu’en 2010, dernier sommet enregistré par l’Insee. Le indice conjoncturel de fécondité (ICF), qui était de 2 enfants par femme en 2014, est descendu à 1,56 en 2024 le niveau le plus bas depuis la fin de la Première Guerre mondiale.

Cette tendance n’est pas propre à la France. La moyenne européenne se situe autour de 1,4 enfant par femme et les pays qualifiés de « développés » affichent des baisses similaires, y compris parmi les nations à revenu intermédiaire. Chez les moins de 30 ans, le nombre total d’enfants souhaités a chuté de 0,6 en vingt ans: les femmes passent de 2,5 à 1,9 enfant, les hommes de 2,3 à 1,8. Malgré une croissance démographique encore positive (+ 0,25 %) et un solde naturel de + 17 000, le sujet devient une priorité politique; en début 2024, Emmanuel Macron a invoqué le besoin d’un « réarmement démographique ».

Freins économiques, sociaux et sanitaires à la procréation

Une étude des Nations Unies menée dans 14 pays a identifié les principaux obstacles à la natalité. Les répondants citent en priorité les contraintes financières (39 %), le chômage ou l’insécurité de l’emploi (21 %) et les difficultés de logement (19 %). Le manque de places en crèche (12 %) et la répartition inégale du travail domestique (13 % des femmes, 8 % des hommes) figurent également parmi les freins. Les problèmes de santé – maladies chroniques ou infertilité – représentent 12 % des réponses.

En France, près de 15 % des couples déclarent des difficultés à concevoir. Le recul de l’âge moyen de la première maternité, aujourd’hui à 29 ans les pollutions atmosphériques et l’accès compliqué à la procréation médicalement assistée (PMA) aggravent la situation. Selon l’Ined, 35 % des 25-39 ans très inquiets du futur ont une probabilité moindre d’avoir un enfant, avec une réduction moyenne de 0,11 enfant par rapport aux moins anxieux.

Quand la pollution devient facteur de décision

Les économistes Paolo Melindi-Ghidi et Thomas Seegmuller de l’Aix-Marseille School of Economics ont étudié l’impact de la qualité environnementale sur les choix de fécondité. En s’appuyant sur la théorie de l’économie de la famille de Gary Becker ils rappellent que les ménages arbitrent entre leurs désirs et les coûts (financiers, de temps, d’éducation). Plus le coût d’un enfant est élevé – par exemple à Manhattan versus une région d’Afrique subsaharienne – plus les couples tendent à réduire le nombre d’enfants, privilégiant la qualité (éducation, bien-être).

Leur analyse comparative des États américains révèle un paradoxe apparent. Les États à forte intensité carbone comme le Texas, affichent les taux de fécondité les plus élevés, tandis que des économies moins carbonées, comme la Californie, montrent des taux plus bas. Les chercheurs notent que les populations vivant dans des régions à faible pollution sont plus sensibles aux enjeux environnementaux et soutiennent davantage les réglementations écologiques, ce qui, paradoxalement, se traduit par un moindre désir d’enfants.

Indice environnemental intégré au modèle

Pour rendre compte de ce mécanisme, Melindi-Ghidi et Seegmuller ont ajouté à la « relation qualité-quantité » un indice environnemental mesurant la part des biens verts (voitures électriques, énergies renouvelables) dans la production totale. Un indice élevé implique une faible intensité carbone et alimente des préoccupations écologiques plus fortes. Dans le modèle, ces préoccupations peuvent être substituables au désir d’avoir des enfants: plus la qualité de l’environnement augmente, moins le nombre d’enfants désiré reste élevé.

Cette approche montre que la baisse de la natalité n’est pas uniquement le résultat de facteurs économiques traditionnels, mais qu’elle s’entrelace avec la perception d’un avenir incertain lié aux changements climatiques. Les travaux soulignent également que, inversement, une moindre croissance démographique pourrait contribuer à atténuer la pression sur les ressources, renforçant

Élise Nguyen
Auteur

Élise Nguyen

Élise Nguyen a couvert plusieurs COP et suit les politiques climatiques françaises et européennes. Formée à la lecture des rapports scientifiques, elle traduit les données du GIEC sans les dramatiser ni les diluer.