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6 octobre 2026

Comment la politique monétaire de la BCE influence le pouvoir d’achat français

Les nouveaux taux de la BCE bouleversent le crédit et le pouvoir d’achat des ménages modestes, avec des répercussions sur l’emploi et les inégalités de patrimoine.

Comment la politique monétaire de la BCE influence le pouvoir d'achat français

En septembre 2026, la Banque centrale européenne a décidé de porter son taux de dépôt à 2,5 % et le taux de refinancement à 2,65 %. Cette décision intervient après une période où l’inflation nationale a progressé de 2,4 % entre août 2025 et août 2026, loin du pic de 5,2 % atteint en 2022, année où la guerre en Ukraine a fait grimper les prix à des niveaux records.

Le mécanisme de transmission des taux directeurs

Le taux de refinancement correspond au coût que les banques paient lorsqu’elles empruntent auprès de la BCE pour disposer de liquidités. Lorsqu’une banque accorde un crédit à un ménage, elle ajoute une prime de risque et une marge bénéficiaire, ce qui fait que le taux réellement supporté par le consommateur est supérieur au taux de refinancement.

Lors d’une conjoncture d’inflation faible, la BCE adopte une politique monétaire expansive abaissant les taux afin de stimuler l’accès au crédit. En revanche, face à une inflation soutenue, elle opte pour une politique restrictive comme c’est le cas actuellement, afin de refroidir la demande globale.

Conséquences directes pour les foyers modestes

Les ménages appartenant aux 20 % les plus faibles selon l’Insee, ou aux 40 % identifiées par la Drees, ressentent d’autant plus la pression combinée d’une hausse des prix et d’un coût du crédit plus élevé. En 2023, les 10 % des Français les plus pauvres ont vu leur niveau de vie reculer de 1 %, une contraction qui s’explique par la lenteur des salaires face à une inflation qui dépasse 2 %.

Ces ménages disposent en moyenne d’une épargne très limitée et ne peuvent pas absorber une hausse soudaine du coût de la vie. L’augmentation du taux de dépôt à 2,5 % diminue également la rentabilité des placements sûrs, réduisant

Effets indirects: emploi et patrimoine

Le crédit aux entreprises suit le même schéma. Entre juillet 2021 et juillet 2023, le taux directeur de la BCE est passé de 0 à 4 %, entraînant une hausse du taux d’emprunt des entreprises françaises de 1,08 % à 4,42 %. Cette hausse a freiné les investissements, augmenté les coûts de production et, combinée à la baisse du pouvoir d’achat, a engendré une chute du chiffre d’affaires pour de nombreuses sociétés.

Le ralentissement des investissements a eu pour corollaire une hausse du chômage, surtout parmi les jeunes. Entre le dernier trimestre 2024 et le deuxième trimestre 2026, le taux de chômage des 15-24 ans est passé de 16,6 % à 21,6 %, soit une hausse de 5 points, tandis que le taux de chômage global n’a progressé que de 0,8 %.

Parallèlement, la dynamique du marché immobilier a créé de nouvelles inégalités de patrimoine. Après que les taux de crédit soient tombés à 1,06 % en décembre 2021, la demande de logements a explosé, poussant le prix des logements anciens de +6,4 % en glissement annuel au troisième trimestre 2022. Cependant, 30 % des ménages les moins dotés détiennent moins de 40 000 €, essentiellement sous forme de livrets d’épargne réglementée, et ne bénéficient donc pas de la valorisation immobilière.

Pour les foyers modestes, chaque hausse des taux se traduit par une double contrainte: un accès au crédit plus coûteux et une érosion du revenu réel.

Sarah Delcourt
Auteur

Sarah Delcourt

Sarah Delcourt écrit sur la façon dont les gens vivent, consomment et travaillent aujourd'hui. Elle privilégie l'observation concrète et les données d'usage aux tendances déclaratives.