Dans la partie sud-est de la Malaisie, la forêt de Sabah se voit fragmentée par l’expansion des plantations de palmiers à huile. Cette situation place les élèves de Bornéo – au nombre d’environ 1 000 individus – en contact direct avec les communautés locales, générant des confrontations de plus en plus fréquentes. Pour répondre à ce défi, la biologiste Farina Othman, surnommée « celle qui murmure à l’oreille des éléphants de Bornéo », a mis en place un dispositif mêlant technologie, aménagement du territoire et éducation.
Des colliers GPS pour surveiller les pachydermes
Lors d’une opération de capture, Farina Othman utilise une fléchette anesthésiante afin d’immobiliser temporairement l’animal. Une fois l’effet de la fléchette dissipé, l’équipe fixe un collier émetteur au tour de la trompe. Ce dispositif, combinant GPS et transmission en temps réel, permet d’alerter les villages dès qu’un troupeau s’approche des zones habitées. « C’est Pigtail », commente Farina en caressant la queue caractéristique d’un éléphant, soulignant l’importance du suivi individuel.
Le suivi a déjà dévoilé des déplacements surprenants: les 160 pachydermes habitant les 400 km² de la vallée de Kinabatangan parcourent chaque jour plusieurs kilomètres, traversant parfois les clôtures électriques des plantations. Grâce aux données récoltées, les autorités locales peuvent intervenir avant que le contact ne dégénère, réduisant
Les corridors verts: relier les îlots d’habitat
Le concept de corridor vert désigne un passage forestier permettant aux éléphants de se déplacer entre des zones forestières isolées. Dans le cadre du programme de Seratu Aatai, sept grandes plantations ont accepté d’allouer des bandes de terre non cultivée, créant « Une réalité écologique plutôt qu’une nuisance occasionnelle », affirme Farina, insistant sur le rôle crucial de ces corridors pour la survie de l’espèce.
Selon l’UICN plus de 60 % de l’habitat de l’éléphant de Bornéo a disparu depuis les années 1970, principalement à cause de l’exploitation forestière et de l’huile de palme. Aujourd’hui, seulement la moitié du territoire de Kinabatangan reste protégée, ce qui rend chaque corridor indispensable pour éviter le phénomène que Mme Farina décrit comme un « conflit inévitable » lorsqu’un troupeau envahit des exploitations agricoles.
Sensibilisation et implication communautaire
Le succès du projet repose tout autant sur la technologie que sur l’adhésion des populations locales. À Sukau, village situé sur les rives du Kinabatangan, Farina et son équipe organisent des séances d’information dans les écoles des plantations, distribuent des brochures et forment des « gardiens de la faune communautaires » capables d’éloigner les éléphants avant qu’ils n’atteignent les habitations.
Firah Kazenn, jeune habitante de Sukau, témoigne: « Avant, nous ne savions pas comment cohabiter avec eux. Aujourd’hui, grâce à Seratu Aatai, les éléphants sont protégés et notre communauté participe activement ». Les agriculteurs, dont Muhammad Al Shafieq bin Mustafa, ancien directeur de plantation, reconnaissent toutefois que le soutien financier demeure limité: les entreprises d’huile de palme ne reçoivent souvent pas les incitations nécessaires pour collaborer efficacement.
Daniel Pamin, responsable de la Malaysian Palm Oil Green Conservation Foundation, rappelle que « cela doit être une situation gagnant-gagnant pour les planteurs et la faune sauvage ». Les initiatives locales, soutenues par des prix internationaux comme le Whitley, suggèrent que la protection des éléphants de Bornéo peut s’inscrire durablement dans les pratiques agricoles, à condition que les acteurs économiques acceptent de voir les élèves de Bornéo comme des partenaires plutôt que comme des obstacles.



