Dans la basse vallée du fleuve Sénégal, près de la frontière mauritanienne, une initiative innovante allie agriculture et santé publique. Des scientifiques expérimentent l’introduction de poissons dans les rizières pour non seulement augmenter les rendements, mais aussi lutter contre la bilharziose une maladie parasitaire qui touche des millions de personnes en Afrique.
Cette approche unique, menée dans le village de Lampsar combine des bénéfices économiques, écologiques et sanitaires. Les poissons introduits, notamment le tilapia du Nil et le ndiéguel (Heterotis niloticus), jouent un rôle clé dans cet écosystème. Les premiers résultats sont prometteurs, avec une augmentation de 25% du rendement des récoltes et une réduction significative des escargots responsables de la transmission de la bilharziose.
Un projet pilote aux résultats prometteurs
Plus de 40 agriculteurs de différents villages participent à cette étude pilote. L’objectif est de créer un écosystème durable où les poissons fertilisent les rizières grâce à leurs déjections et réduisent la population d’escargots infectés. Emily Selland de l’Université de Notre-Dame aux États-Unis, souligne que ce projet aborde plusieurs défis à la fois: la maladie, la nutrition, l’économie et l’écologie.
Les agriculteurs locaux témoignent des bénéfices de cette méthode. Abdoulaye Diop 62 ans, observe que les champs avec poissons sont plus verts et productifs. Les déchets des poissons servent d’engrais biologique, augmentant Moussa Ndiaye 80 ans, référent du projet pour la communauté de Lampsar, confirme que cette initiative est rentable et suscite un grand intérêt parmi les habitants.
La bilharziose: une menace majeure en Afrique
La bilharziose, ou schistosomiase est une maladie parasitaire causée par des vers appelés schistosomes. Elle se transmet par contact avec de l’eau douce contaminée par des escargots infectés. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) au moins 253,7 millions de personnes avaient besoin d’un traitement préventif contre cette maladie en, avec 93,6% des cas en Afrique.
Cette maladie peut entraîner des complications intestinales ou uro-génitales, voire des décès dans les cas les plus graves. Les enfants et les adultes contaminés peuvent rater l’école ou être dans l’incapacité de travailler, aggravant le cycle de la pauvreté. La présence de cette maladie dans les rizières est un problème majeur pour les communautés locales, comme en témoigne Moussa Ndiaye qui a contracté la bilharziose à plusieurs reprises.
Une solution durable pour l’avenir
L’étude pilote menée au Sénégal pourrait être reproduite dans d’autres pays africains. Des installations aquacoles, comme celle de l’université Gaston Berger à Saint-Louis, préparent le transfert de poissons et d’escargots dans des rizières expérimentales. Ali Ibrahim représentant de la Station Régionale d’AfricaRice pour le Sahel, espère que les résultats positifs obtenus au Sénégal pourront être étendus à d’autres régions.
Cette initiative montre comment des solutions innovantes et durables peuvent améliorer la vie des agriculteurs tout en combattant des maladies parasitaires. En intégrant des poissons dans les rizières, les scientifiques offrent une approche holistique qui bénéficie à la fois à l’environnement, à l’économie et à la santé publique.



