Aller au contenu
6 octobre 2026

46 États réclament l’arrêt de la prospection abyssale

Des trésors miniers au fond des mers, mais le danger pour la vie marine pousse 46 États à demander l’arrêt.

46 États réclament l’arrêt de la prospection abyssale

Les fonds marins attirent depuis quelques années les grands groupes industriels, désireux de puiser des ressources que la terre ferme ne suffit plus à fournir. Le concept de ruée vers l’or des abysses a repris de l’ampleur après la proposition de Donald Trump qui a mis en avant la richesse inexploitées du plancher océanique. Cette perspective prometteuse revient à imaginer une nouvelle frontière d’extraction, où cuivre, nickel, cobalt et terres rares pourraient être récupérés à grande échelle.

Les zones ciblées se situent le long des dorsales médio-océaniques et des murs de subduction, où les minerais polymétalliques se sont formés pendant des millions d’années grâce à l’activité volcanique sous-marine. Les estimations des experts indiquent que ces dépôts pourraient contenir plusieurs milliards de tonnes de métaux stratégiques, essentiels à la transition énergétique et à la fabrication de batteries. Cependant, la densité de ces gisements n’est pas le seul critère à considérer: les procédés d’extraction envisagés restent expérimentaux et suscitent d’importantes interrogations environnementales.

Valeur minérale du socle océanique

Le plancher océanique abrite des nodules polymétalliques, des sulfures massifs et des croûtes polymétalliques qui renferment du cuivre, du nickel, du cobalt, du manganèse et du fer. Ces ressources, parfois appelées minerais abyssaux sont très concentrées par rapport aux gisements terrestres, ce qui rend leur exploitation économiquement attractive. En outre, les terres rares présentes dans certaines formations sous-marines sont cruciales pour les aimants permanents et les catalyseurs utilisés dans les technologies de pointe.

Menaces sur les habitats marins

Les zones de prospection sont souvent situées dans des écosystèmes peu étudiés forêts de coraux froids, chemosynthèses autour des cheminées hydrothermales et vastes abysses où la biodiversité reste largement inconnue. Le perturbation du substrat sédimentaire pourrait libérer des nuages de poussière toxique, étouffer la photosynthèse des micro-organismes et entraîner la perte d’habitats critiques. De plus, les vibrations générées par les équipements de forage risquent de déranger les espèces sensibles, comme les mollusques abyssaux et les poissons migrateurs, dont la reproduction serait compromise.

46 États exigent une suspension de l’activité

Face aux incertitudes écologiques, quarante-six gouvernements ont signé une déclaration commune appelant à un moratoire immédiat sur tout projet de deep-sea mining. Les signataires soulignent que la législation internationale, notamment la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, ne prévoit pas encore de cadre contraignant pour encadrer ces activités. Ils insistent sur la nécessité d’une évaluation d’impact environnemental approfondie et d’une consultation avec les communautés scientifiques avant toute autorisation.

Arguments des gouvernements

Les États invoquent trois raisons majeures: d’abord, l’absence de données fiables sur la biodiversité abyssale; ensuite, le risque de créer des effets de ruée similaires à ceux observés lors de l’exploitation minière terrestre, avec des conséquences sociales et économiques imprévues; enfin, la volonté de préserver les océans en tant que puits de carbone essentiel à la régulation du climat. Ce consensus international pourrait pousser les organisations intergouvernementales à réviser leurs protocoles et à instaurer des périodes de veille scientifique avant toute décision d’exploitation.

Julien Moreau
Auteur

Julien Moreau